Sa voix avait scandé l'un des refrains les plus entêtants des années 80. Guesch Patti, la chanteuse et danseuse qui a fait danser toute une génération avec « Étienne », est morte à Paris dans la nuit du 21 au 22 juin 2026, à l'âge de 80 ans. Son entourage a annoncé qu'elle avait succombé à une longue maladie.
C'est son nom qui a grimpé dans les recherches des Français ce week-end. Derrière la silhouette féline et le refrain « Étienne, Étienne, oh tiens-toi droit » se cachait un parcours bien plus dense qu'un simple tube de l'été : celui d'une petite rate de l'Opéra de Paris devenue, presque malgré elle, une icône pop. On revient sur le destin d'une artiste qui a passé sa vie à fuir les étiquettes.
Une disparition dans la nuit, après une longue maladie
L'annonce est venue de son agent, dans la matinée du 22 juin. Guesch Patti s'est éteinte à Paris, la ville où elle est née quatre-vingts ans plus tôt, des suites d'une maladie qu'elle avait gardée discrète. Plusieurs médias français, dont franceinfo, ont confirmé la nouvelle dans la foulée.
De son vrai nom Patricia Porrasse, l'artiste était née le 16 mars 1946 à Neuilly-sur-Seine. Une date qui rappelle qu'au moment d'« Étienne », en 1987, elle avait déjà 41 ans : loin de l'image de la jeune révélation, elle débarquait dans les charts avec une vie d'artiste derrière elle.
« Étienne », le tube sulfureux qui a tout emporté
Impossible de parler de Guesch Patti sans commencer par là. Sorti en 1987, « Étienne » devient un phénomène : numéro 1 en France et en Italie, dans le haut des classements en Suisse et en Autriche, plus de 1,5 million d'exemplaires écoulés et un disque d'or à la clé. Le titre lui vaut aussi une Victoire de la musique, qui la consacre révélation de l'année.
Le clip, lui, fait scandale autant qu'il fascine. Sensualité assumée, chorégraphie suggestive : à l'époque, certaines chaînes le diffusent avec prudence, ce qui ne fait qu'amplifier le bouche-à-oreille. Le succès est planétaire, mais il a un revers. Cette image de chanteuse sulfureuse finira par éclipser la danseuse exigeante qu'elle était d'abord, un paradoxe qu'elle traînera longtemps.
| Repères | Détail |
|---|---|
| Vrai nom | Patricia Porrasse |
| Naissance | 16 mars 1946, Neuilly-sur-Seine |
| Décès | Nuit du 21 au 22 juin 2026, Paris, à 80 ans |
| Le tube | « Étienne » (1987), plus de 1,5 million de ventes |
| Récompense | Victoire de la musique, révélation de l'année |
| Albums studio | Cinq, de « Labyrinthe » (1988) à « Dernières Nouvelles » (2000) |
Petit rat de l'Opéra avant les projecteurs
Avant la chanson, il y a la danse, et même surtout la danse. Entrée à l'Opéra de Paris comme « petit rat » dès l'âge de 9 ans, Patricia Porrasse est repérée par le chorégraphe Roland Petit, qui l'engage à 15 ans. Une voie royale qu'elle quitte pourtant huit ans plus tard pour la danse contemporaine, plus libre, plus expérimentale.
Elle croise alors quelques-uns des plus grands noms de la discipline, de Carolyn Carlson à l'Allemande Pina Bausch. C'est ce bagage, exigeant et physique, qui nourrira plus tard sa présence scénique de chanteuse. Sur scène, Guesch Patti n'a jamais cessé d'être une danseuse qui chantait, autant qu'une chanteuse qui dansait.
Cinq albums et une liberté revendiquée
Après « Étienne », elle refuse de se laisser enfermer dans la formule. Suivent cinq albums studio qui explorent une pop plus sombre et personnelle : « Labyrinthe » (1988), « Nomades » (1990), « Gobe » (1992), « Blonde » (1995) et « Dernières Nouvelles » (2000). Des disques qui n'ont jamais retrouvé le carton d'« Étienne », mais qui dessinent une artiste fidèle à ses envies plutôt qu'aux modes.
À partir des années 2000, elle prend ses distances avec l'industrie musicale et se tourne vers d'autres terrains. Elle remonte sur les planches, joue au théâtre — notamment dans « Les Monologues du vagin » et « L'Opéra de quat'sous » de Brecht —, et apparaît au cinéma, par exemple chez Claude Lelouch. Une trajectoire d'électron libre, plus soucieuse de se renouveler que de capitaliser sur un tube.
Petit rat de l'Opéra à 9 ans, star pop à 41 ans, comédienne ensuite : Guesch Patti aura passé sa vie à changer de scène plutôt qu'à rejouer le même rôle.
Une icône des années 80 qui s'en va
Avec elle disparaît une figure singulière de la chanson française, de celles qui ont marqué une décennie sans jamais vraiment coller à son image de carte postale. « Étienne » continuera de tourner dans les playlists nostalgie, mais ceux qui l'ont suivie de plus près retiendront surtout une artiste insaisissable, danseuse dans l'âme jusqu'au bout.
Sa mort s'ajoute à une série de départs qui ont marqué la culture française ces dernières semaines, après ceux du comédien Christian Bujeau ou du rappeur Werenoi. Autant de voix et de visages qui s'effacent, et qu'on réécoute soudain avec un autre regard.
Sources : franceinfo, RTS et Orange Actu.